16/03/2009
Comme si le corps...
Comme si le corps…
Comme si le corps était simplement donné… Omniprésent, il ne semble pouvoir être pensé que comme un tout. Pourtant, on le sent bien, le corps reste insaisissable : morcelé, éclaté, disjoint, il résiste à sa totalisation et ne se perçoit qu’en pointillés.
Et le cinéma, nous montre-t-il autre chose que des corps en trompe l’œil ?
Dans leur mise en spectacle, il fabrique des représentations figées qui, à force de répétitions, se désincarnent. Mais parfois, les corps à l’écran débordent leurs images et creusent par leur seule présence l’espace du voir, dans un dénuement où affleure la singularité d’un être-là.
Par leur approche du réel, les films de cette programmation montrent combien le corps, loin d’être donné une fois pour toutes, est en perpétuelle construction, toujours en mouvement. En ce sens, donner à voir des regards défaits de leurs certitudes, contribue à déconstruire les représentations dominantes : à travers l’émergence de nouvelles figures moins stéréotypées, moins entravées, ces films nous regardent. Et du coup, cela nous regarde ! Comme si les corps impressionnés à l’écran impressionnaient à leur tour ceux des spectateurs.
Que le corps soit l’objet d’enjeux sociaux, politiques ou culturels, il s’agit de faire corps. Les catégories de la pensée qui l’instrumentalisent et le contrôlent, se réservent la légitimité de le définir adapté ou inadapté, valide ou invalide, beau ou laid, désirant ou désirable, mâle ou femelle, etc. Ainsi dans l’institution sociale, le travail, la sexualité ou encore la santé, les pratiques et les discours normatifs persistent. Le corps est-il réductible à des fonctions, dont les principales seraient d’être le véhicule de son espèce, d’un genre ou d’une culture ? Censée fonder la vie en société, cette exigence s’accorde pourtant bien mal avec son infinie diversité, sa polymorphie. Et si de corps insoumis naissaient des désordres créateurs ?
Lorsque le cinéma parvient à rendre perceptible l’état par lequel le corps déborde son enveloppe, il montre à quel point celui-ci se joue des limites qui lui sont assignées, transgressant non seulement par plaisir mais aussi par nécessité. L’incarnation prend alors une autre dimension, onirique, extatique ou tragique, qui fait éclater les frontières entre le plaisir et la souffrance, la naissance et la mort. Même si celle-ci, borne ultime, peut être elle aussi sublimée par les puissances conjuguées de la vie et du cinéma. Comme si le corps, dans le caractère fragile et aléatoire de son existence et de son identité, était continuellement projeté vers…
Ces frontières, nous avons voulu à notre tour les laisser ouvertes par une diversité de formes cinématographiques, une diversité de modes de diffusion et d’écoute ; par des expressions du corps à vivre dans l’écriture ou la voix, en ateliers ; par une conférence. Et puis, c’est notre souhait, entre les corps regardés, regardant et agissant, des paroles, des sons, des expériences à échanger ; des réflexions à poursuivre, ensemble.
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