08/04/2009

Séance du samedi 18 avril

au CRDP (31 boulevard d'Athènes, 13001 Marseille)

> 18h

Mutations des regards sur le corps anormal
conférence de Jean-Jacques Courtine
Des monstres de foire aux corps aliénés ou handicapés, l’histoire de la difformité physique est celle des regards portés sur eux, celle de leur mise en spectacle dans un régime particulier de visibilité, celle des signes et des fictions qui les représentent. L’anormal est aussi affaire de perception, et le stigmate est dans l’œil de celui qui observe, comme Erwing Goffman nous a appris à le reconnaître dans Stigmates.

Jean-Jacques Courtine est professeur d’anthropologie culturelle à l’université Paris III-Sorbonne Nouvelle. Il est l’auteur de nombreux travaux d’anthropologie historique du corps. Co-directeur des trois ouvrages collectifs Histoire du corps, il en a dirigé le dernier volume : Les mutations du regard – Le XXe siècle (Editions du Seuil, 2006).

Entrée libre - Repas sur place

> 20h30

San Clemente de Raymond Depardon et Sophie Ristelhueber
(France, 1980, 98 mn)
Raymond Depardon filme les pensionnaires de l’institut psychiatrique de San Clemente situé sur une petite île à côté de Venise. Le film a été tourné en dix jours, pendant le carnaval de Venise, peu de temps avant la fermeture de l’hôpital.

Echanges en présence de Jean-Jacques Courtine.

Tarif : 4 euros.

 

A propos de Raymond Depardon et de San Clemente

Né en 1942, Raymond Depardon est photographe, co-fondateur de l’agence Gamma. Il prolonge son métier de photographe avec le documentaire, se faisant une figure d’un cinéma direct inspiré des Etats-Unis, proche dans sa démarche du cinéma de Wiseman.

Son travail documentaire porte notamment sur les médias (Numeros zéro, 1977 ; Reporters, 1981), le système judiciaire (Faits divers, 1982 ; Délits Flagrants, 1994 ; 10ème chambre, instants d’audience, 2003), l'univers psychiatrique et hospitalier (San Clemente, 1980 ; Urgences, 1988), le monde paysan (Profils paysans 1 et 2 : L'approche, 2000 – Le quotidien, 2004 ; La vie moderne, 2008), l'Afrique (Tchad, 1976 ; Tibesti too, Une femme en Afrique, 1985 ; La captive du désert, 1991, Afriques : comment ça va avec la douleur ?, 1996).

sanclemente.jpgAprès avoir effectué en 1977 une série de photographies de l’hôpital psychiatrique de San Clemente, Raymond Depardon y retourne deux ans plus tard avec une caméra et un magnétophone. Il est au cadre, caméra à l'épaule, et Sophie Ristelhueber, qui signe le film avec lui, tient le Nagra et le micro.

San Clemente est un asile d'aliénés en mutation où s'est construit une tentative de "psychiatrie alternative", inspirée par les travaux du docteur Franco Basaglia, l'un des militants essentiels du groupe Psychiatrica democratica, soutenu par le parti communiste italien, et inspirateur de la loi qui, en 1978, a fermé les asiles en Italie. "En fermant l'hôpital, déclare-t-il, nous annonçons aussi la fin de sa logique. L'asile est une institution de répression, de torture et d'isolement". L'idée maîtresse de Basaglia était qu'"une nation civilisée ne peut évoluer qu'en intégrant ce qu'on appelle ses tarés", c'est-à-dire qu'il ne faut pas exclure pour soigner, mais intégrer. En cela, il a voulu dénoncer la notion de confort social que représente le fait d'enfermer le malade mental pour être tranquille dans sa ville.

“L'image, constituée en grande partie de plans-séquences, donne l'impression d'émaner d'une caméra de surveillance erratique qui filme tout ce qui se présente, suivant les allées et venues des pensionnaires, faisant des détours brusques en fonction des micro-événements qui surviennent ça et là sur son passage (un avion qui passe, un écran de télé)... Un filmage qui souligne la liberté physique dont jouissent les pensionnaires. Une liberté très déstructurée, dirait-on, qui laisse les fous face à leur moi envahissant. (...) L'œil de Depardon compose un récit sans commentaire, sans dramaturgie, sans volonté didactique. La simplicité des moyens, l'absence de ligne directrice évidente, la rigueur des plans dans leur durée produisent l'effet inverse d'un simple reportage : le film devient avec le risque d'esthétisme que cela comporte un objet éminemment artistique.”
[extrait d’une critique parue dans Les Inrockuptibles]

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